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j'IRAI DORMIR CHEZ L'HOMME LIBRE DAY 3&4

Samedi matin, 7H30, 1H30 de route pour rejoindre un spot mythique en Angleterre, Crown.

Je commence à m'habituer au rythme de l'homme libre, dormir mais pas trop, faire beaucoup de choses dans la même journée mais pas trop, manger mais pas trop.



Le trajet type, est ponctué par la religion locale de s'arrêter chez Costa Coffee, un café pour un anglais, c'est obligatoirement avec du lait, accompagné de quelque chose à manger, le plus souvent un sandwich au bacon.



Arrivé sur place après de longues discussions qui me renforcent dans l'idée que la vérité sur Brad n'est pas loin, ambiance Highlands écossais, de la brume, une vingtaine de camions déjà garés et de la pluie à grosses gouttes qui tombent sur le toit.

Temps anglais me dit Brad, c'est les conditions qu'il aime, entrainement difficile, course facile qu'il dit.

On part à pied, bien couverts, regarder le point de vue surplombant les valons de pierres, de terre grise, de beaux dénivelés se dessinent alors au rythme du passage des nuages.

Cela fait partie de ce que je suis venu chercher, du dur et cela me rappelle forcément Fort William l'année dernière, sauf que là j'ai les chaussures adéquates.

Jamie arrive, ils se préparent, Brad change sa roue pour avoir un pneu civilisé et non uniquement sable à l'arrière, met un sabot sur la moto et c'est parti pour les repérages.



Je les laisse partir et commence à marcher tranquillement vers le bas du vallon, observant les amateurs s'amuser dans toutes les traces disponibles et il y en a bien plus que de pilotes présents.

Arrivé en bas du vallon principal, Brad remonte il doit changer quelque chose sur la moto, j'avance donc seul dans le brouillard allant gratter quelques montées avec mes crampons de randonnée.

Je tombe alors sur une cascade de pierres où s'écoule un peu d'eau, pas de doute, le vent, la brume et ce ruisseau, nous sommes au fin fond de l'Angleterre.

Ce domaine est le berceau de Graham Jarvis et également celui de Billy Bolt, si vous êtes anglais vous aimez rouler sur ce type de terrain, surement même que vous n'avez pas vraiment le choix pour aimer l'enduro et le trial ici.



Le soleil finira par sortir quelques minutes plus tard, on découvre alors un site immense avec des montées sans fin, des collines aux pentes très abruptes, des obstacles de trial avec uniquement de la roche et des parcours fléchés en code couleur.

Jamie et Brad s'amuse à gravir certaines pentes, montent en régime progressivement et cherchent surtout à faire des choses où ils ne sont pas sur de monter facilement.

Même pour eux, y'a de quoi faire, chacun faisant une chute sans gravité mais Brad dans un élan de confiance redressa son levier de frein avant avec un pierre, j'ai alors entendu l'alu se briser depuis le haut de la pente, résultat, retour au camion pour changer ça.

J'ai 5 minutes, je sors le drone, c'était sans compter sur les fortes rafales de vent, mon petit père aura bien du mal à lutter mais m'assurera des plans corrects pour agrémenter les vidéos qui vont bientôt suivre.



Retour de Jamie 30 min plus tard, en arrivant au parking la moto de Brad s'est arrêtée, pas moyen de la redémarrer. Je retrouve alors un Brad pas très heureux ayant fait plus de route que de moto, on remballe et on rentre au bercail réparer ça pour le roulage du dimanche.

Ces trajets avec Brad, ne sont pas du temps perdu, ce sont pour moi les meilleurs moments de ce voyage, de longues discussions, sans fioritures, de la passion et sa vision de la vie.

Autant vous dire qu'il fait de sacrés efforts pour parfois comprendre ce que je lui raconte.

Mais quoi qu'il en soit le lien est là et sa franchise sans borne.


Il me confie alors qu'il va surement faire une séance de physique, histoire d'évacuer la frustration du jour, accrochez vous ça va secouer.


Il trouve la panne sur la moto, un morceau de la boite à clapets est allé se loger dans le cylindre, bougie fumée, claquée, ravagée. Les dégâts semblent se limiter à cela. Brad décide donc d'utiliser sa moto d'entrainement de l'année dernière pour changer la pièce, chose habituelle vu l'état de la bête.

Moto réparée, fumant à nouveau, 2 strokes still smoking comme il dit.


S'en est suivit, une séance, gargantuesque par l'envie et pas forcément les exercices.

Filmer un mec qui s'inflige un effort comme celui-ci a été très particulier, pas forcément que ces pratiques me soient étrangères, je vous vois venir les gars, mais surtout la détermination du bonhomme. Nombre de gens ont parfois besoin de partager les séances, ne pas y aller seul, histoire de se motiver à plusieurs, plutôt que de vivre cela en solo.

C'est là où commence la vérité.

Brad quand à lui, fut bien plus sérieux que lors de la séance avec Harry. Il m'invite à soulever quelque poids si j'ai l'envie, je ne regrette pas de mettre concentré sur ma mission ici.



Avec une grande simplicité, il ira au bout, respectant à la lettre la séance prévue par son coach, se poussant à bout, dégageant lors des temps de repos de la fumée (malgré le fait que nous sommes en intérieur), transpirant et gueulant lors des dernières répétitions, ne disant quasiment pas un mot à part son classique "fuckin hell", la puissance développée ici est surement équivalente à la frustration du jour.

Pour ma part, si vous avez regardé la vidéo de l'entrainement des collectifs France ou d'autres, il n'est pas rare de m'entendre respirer fort, très fort.

J'ai cette capacité à ne respirer que par la bouche et n'étant même pas essoufflé, j'en donne l'impression, c'est le jeu ma pauvre lulu.

J'ai ici parfois perdu mon souffle cependant.

Voulant être sur, de parasiter le moins possible la bande son, j'ai parfois retenu ma respiration pendant de longues minutes sans m'en rendre compte, le regardant s'infliger de longues séries, persuadé que j'allais une fois de plus, ruiner les prises. Il m'est donc arrivé de reprendre ma respiration seulement son exercice terminé, me mettant dans un état où j'avais l'impression de faire partie de la séance.



Tout cela pour vous dire, que si n'est pas champion qui veut, c'est surement dû à la discipline et l'abnégation que cela demande, après 3H20 de route, 1H de moto, 3H de mécanique, Brad s'est infligé une séance de quasiment 1H30 pour terminer à 21H et des brouettes, a chargé les motos et les affaires avant d'aller chez lui, manger et regarder le SuperEnduro en Allemagne.

Petite confidence de plus, je me suis endormi sur le canapé.




Dimanche matin 6H30: Brad m'avait dit on se lève tôt pour regarder le supercross, faut qu'on parte à 8H on a 1H10 de route pour rejoindre la fratrie Edmonson, Jamie et Sam.

Résultat j'entends son réveil mais pas de bruits de pas, j'en conclu que l'homme libre n'est pas un robot, ça se tient et me rendors jusqu'à 7H30, pas de café, on décolle direct on fera notre arrêt habituel.



De nouveau, de la discussion profonde, beaucoup de sincérité sort de la bouche du mec 8 fois champion du monde assis à ma droite. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, pas déçu, bien au contraire.

Arrivée sur le spot, une clôture avec le panneau FatCat Moto, marrant comme nom, nous accueille et nous pénétrons dans ce domaine avec deux circuits de cross, un pour les courses, un autre pour les entrainements, bâtiments en dur, un circuit de kart et un bois juste derrière, encore un spot minuscule.

Il faut savoir qu'en Angleterre pour rouler sur un circuit officiel, c'est 50€ minimum par pilote.

On est de loin des tarifs français, mais comme en Italie, ce sont souvent des gros propriétaires terriens ou des entreprises qui les possèdent, respectant certaines règles, notamment celle d'être sécurisés, l'omniprésence de marshalls, à pied ou sur des véhicules.


Ici le circuit du jour est en sable, fait à peu près 1 min 30 au tour, de jolis sauts, des vagues et de beaux appuis. Une armée de minots ouvre le bal, et les parents qui courent sur le terrain avec.

"Classical Moto Dad" me dit Brad, comme partout certains ne peuvent s'empêcher malgré la présence de plus d'une dizaine de marshalls sur la piste, de courir relever leur précieux chérubin, pour certains sans même leur laisser le temps d'essayer.

Seule différence notable avec la France, ici c'est chasuble obligatoire pour tous les darons. Du coup plus de gilets jaunes que de piquets, au moins on voit les limites de la piste.



Au tour des adultes et à la tribu anglaise des GP de s'exprimer, grosse différence aussi par rapport à la France, tous les acteurs s'entrainent ensemble, allant de Jane Daniels à Sam Davies toutes les catégories sont représentées, une chute aura raison de Harry Hougton vainqueur de la catégorie Open 2 strokes l'année dernière, son cale pied droit ayant percuté violemment son dos, résultat coccyx cassé.



Le terrain évoluant au cours des sessions, la Beta de Brad aussi et malheureusement pas dans le bon sens. Pertes de puissance, bruits moteur, il est l'heure de rentrer et préparer un échange standard.

Brad est fatigué mais fait le boulot, on charge les motos de trial et direction un restaurant pour finir la journée.

Fuckin hell ce fut deux sacrées journées, demain c'est promis, je ne mets pas de collants.


RP



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